Les contes du Tolbiac 1

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Les contes du Tolbiac 1

Message  Mazhe le Sam 19 Avr - 1:23

Avertissement :
Chers lectrices et lecteurs qui vous aventurez sur ces quelques lignes aussi insignifiantes que peut être intéressantes, sachez que toutes les nouvelles sont inspirées de faits réels vécus, vus ou entendus. J’espère que le petit voyage que vous vous apprêtez à faire au sein de ce chaleureux Pub que fut le Tolbiac vous sera agréable.

Matthieu Saupin



La fiancée qui vendit tout.

« - L’amour à tout prix, voila ce qu’elle voulait ! Mais à quel prix au final ! »

La vieille Morganne me regardait derrière la fumée de sa cigarette en agitant son verre vide.

« - Sers-moi donc un autre whisky mon garçon. Il est difficile de raconter une histoire lorsqu’on a la gorge asséchée »
Elle continuait à faire tinter les glaçons dans son tumbler.

« - Et n’oublie pas le coca ! Je ne veux pas de boisson sèche ! » hurla-t-elle à travers le pub, tandis que je me dirigerais vers le comptoir.
Annie la chef des lieux était éméchée à force de trinquer avec les clients, mais jamais au grand jamais, elle ne vous aurait omis quelques consommations au moment de la douloureuse. Je retraversais le Tolbiac, petit pub chaleureux, entièrement boisé, à mi-chemin entre l’Irlande et la perfide Albion.

« - Un whisky et deux glaçons ? Tu bois comme ce vieil allumé de Georges ! D’ailleurs où est-il allé fourrer son portefeuille ce soir ? » dit-elle comme je regagnais ma place.
Elle bu une gorgée, chercha de ses doigts malingres une cigarette (Winfield, toujours Winfield avec la vieille Morganne) et, tout en l’allumant, me recracha la fumée en pleine figure. Le voile bleu nicotiné se leva et elle commença alors son récit.

« - Cette chère Marie, nous l’aimions beaucoup il faut le reconnaître, on a passé de très bons moments. A l’époque nous nous voyions presque tous les jours, profitions de tout ce que la vie avait à nous donner, nous faisions la fête cinq fois la semaine dans ce rade, à l’endroit même où nous nous tenons. Elle était radieuse et pleine d’euphorie, mais elle répétait souvent qu’il lui manquait un couple pour être épanouie.
Tu as le temps ! lui disions nous, mais jamais elle n’écouta. Il faut dire qu’elle avait le démon du couple en elle. En quête d’une relation en permanence. Mais là où l’histoire nous intéresse, c’est quand le Démon envoya son émissaire. Nous l’avions rencontré dans un club du quartier huppé, il n’y avait rien à redire sur ce jeune homme à première vue, oh non ! Il semblait tout à fait correct, dirons-nous.
Ils vécurent une petite histoire tranquille pendant un temps, mais rien de vraiment sérieux. Ils se trompèrent un bon nombre de fois sans vraiment se l’avouer d’ailleurs. Puis au cours de leur aventure, la première rupture.

- Qui a mis fin ? demandais-je.
- Peu importe, lui, elle, je ne me souviens plus très bien. L’important est que tout aurait dû en rester là. »
Elle refit tinter son verre vide tandis qu’elle allumait une autre cigarette.

« - J’ai compris, parler te donne soif.
- Tu piges vite gamin.
- Annie ! Remets nous ça s’il te plait. »
La patronne nous servit en précisant que c’était pour elle et que je ne devrai pas prendre au pied de la lettre les dires de la vieille Morganne, mais que je me devais quand même écouter l’expérience d’une vétérante de la vie.

« - Alors, qu’est ce que je disais ? Ah ! Oui, cette histoire n’aurait jamais dû continuer. Mais elle avait apparemment reçu toute l’attention délicate du démon du couple. Tu sais gamin, ce démon quand il te possède, c’est difficile de lui dire. Tu vas comprendre de quel phénomène je parle. Quelle merde ! Elle se mit à changer d’attitude dés leur première remise en couple, oui parce qu’ils ont rompu trois fois mon petit ! Elle n’avait que lui à la bouche, quant à lui il se révéla être le salaud que l’on connaît aujourd’hui.
Il avait beau lui raccrocher au nez, lui poser des lapins, la faire hurler et pleurer au téléphone, elle s’accrochait de plus en plus. Elle s’énervait à chaque conversation téléphonique, en disant que finalement elle ne voyait pas pourquoi elle restait avec lui. Brefs moments de lucidité dans toute cette folie, c’est tout.
On lui répétait souvent de le laisser, mais jamais elle n’écouta. Le Démon la ramenait toujours vers son couple.

- Tout ce que je vois c’est une fille qui s’attache très connement à quelque chose qui ne vaut pas la peine, enfin d’apparence en tout cas. Elle va où ton histoire la vieille ? »
Elle fit tinter son verre, on le remplit, ce rituel commençait à être au final très banal.

« - Là où tout devient critique, c’est lorsque l’on renie ses valeurs fondamentales, tu me suis ? Elle commença juste par critiquer notre mode de vie, relativement fêtard certes, je te l’accorde, mais ce fut le sien durant des années merde ! Et du jour au lendemain, mademoiselle décréta qu’elle devait renoncer à cette vie de perdition. Faire la fête, c’est de la perdition ? Mais alors tu t’amuses plus ma vieille ! On n’a jamais fait de mal à personne que je sache !
Et ce fut à ce moment que le Démon resserra son emprise. Elle s’éloigna de plus en plus, elle restait enfermée au nom de son amour. Elle se mit à faire le ménage en permanence, ainsi que la cuisine, bien entendu ! Elle ne respirait plus que pour un foyer.
Et un soir, elle prit la décision de faire une sortie avec nous. »

La vieille Morganne perdit son regard dans les volutes de sa clope, elle eut sûrement pleurer dans le passé, mais aujourd’hui elle ne transpirer plus que la déception. Elle bu, et reprit avec beaucoup plus de hargne dans la voix :

« - Nous étions donc de sortie, la soirée se passait bien malgré le peu de contact social avec le bien aimé, lorsqu’il commit l’irréparable. L’alcool aidant, il se mit à draguer d’autres filles. Là-dessus, moi, bien sûr que j’ai une conversation sur ce que je viens de voir ! Là, il me déclare que je n’ai rien à lui dire vu ma vie facile. Alors une fille n’a vraiment pas le droit malgré l’époque, de s’abandonner dans les bras d’un garçon le temps d’une nuit ? Noooon ! Toutes des salopes celles qui le font !!!
Et sur ce, il rajouta qu’il aimait ramener des amis à lui pour qu’il soulage un certain poids avec des filles comme moi. Là, plus fort que moi, je lui mis mon verre et mon poing sur la gueule !
Quand la pauvre petite apprit mon geste et ses raisons, elle prit sa défense, invoquant l’alcool comme argument de base et tu connais la chanson : blablabla, il pensait pas... Elle refusait d’admettre que ce garçon venait d’insulter copieusement sa meilleure amie. »
Je la regardais, éberlué.

« - Il a vraiment fait cela ? demandais-je.
- Oui.
- Elle a continué la relation ? Il devait être très bon parleur.
- Oui, il devait l’être. Mais le plus beau arrive. Suite à cette dispute, la température avait chuté de quelque cran. Nos meilleurs amis arrivent, et là je me dis que je suis sauvée ! Tu parles ! Ce con refusa de les saluer car ils n’aimaient pas l’Angleterre. Pour lui ces gens étaient inférieurs, sales, vraiment une sale race. Ce fut sa dernière phrase. Après ce coup d’éclat, Marie continua de l’excuser et de vivre avec quelqu’un qui crachait sur tout ce qu’elle avait aimé et qui faisait partie d’elle.
Notre réaction fut immédiate, nous nous sommes éloignés, elle fit de même. Elle avait choisi une nouvelle vie. Nous laissant derrière. Embrassant un mode de vie et de pensées aux antipodes de ce qu’elle fut un an plus tôt….

- Un autre verre la vieille ? demandai-je poliment.
- Non, merci. Raccompagnes-moi juste à la porte, je rentre. J’espère que tu auras tiré une leçon de cette histoire. »

Je lui tendis mon bras et commençai à la raccompagner. En titubant très discrètement, elle dit un peu fort, à l’attention de la foule.

« - Méfiez-vous de l’amour les enfants ! Si vos amis vous disent qu’ils n’apprécient pas la personne que vous fréquentez, il faut revoir tout depuis le début voir si vraiment rien ne cloche. Sinon vous finirez par faire un demi-tour pour une chose que vous détestez et qui vous aveugle. Laissant souffrir tous ceux qui vous ont aimé derrière vous. »

Un silence intéressé se mit à régner tandis que je refermais la porte derrière la silhouette d’une conteuse d’un soir. Les gens se regardaient perplexes avant de reprendre leurs activités. Certains méditèrent peut-être sur cela, d’autres avaient sûrement déjà oublié. Mais le message était passé. Quand à moi je commandais à nouveau un Glenn en me demandant si je ne retomberais jamais dans ce piège là sans pouvoir cette fois m’en dépêtrer.


Dernière édition par Mazhe le Sam 19 Avr - 17:24, édité 1 fois

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Re: Les contes du Tolbiac 1

Message  lilouh le Sam 19 Avr - 13:25

J'aime bien ton style cheers

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